01 avril 2006
Poisson mort ...

Ces petits matins où la brume vient à
caresser l'eau et que l'on se
lève, enfant, en espérant attraper ce
poisson géant qui fera
l'envie de tous. J'en ai rêvé des poissons, mais
il
m'accompagnait
dans le jour naissant, des bottes vertes aux pieds et
les épaules
larges portant la boite en bois qui lui servirait de
siége. Des
lendemains de coups portés, pas seulement à moi, à mon
destin,
à ma future parole de vaurien. Il se faisait fort de faire de moi
un
homme, vaste projet pour quelqu'un qui tient son courage au
bout de ses mains et de la bile dans la bouche. Nous allions au
bord de
ces étangs perdus dans la nature, aux odeurs de vase
et de bois
brûlé. La bourriche se remplissait de poissons argentés,
des gardons et
des brèmes aussi, le poisson foutre, cette espèce
semble engluée dans
du sperme, ça en met partout, plein
l'épuisette et les mains. A
l'époque, je ne savais même pas que
ça m'évoquerait ça plus tard.

Quand
on est enfant, on ne s'attache pas à ces détails, lui
m'attachait tout
court et je savais ce que ça voulait dire.
Des après-midi durant dans
cette salle de sport, je crevais
de trouille, j'apprenais la vie et
déjà je n'en voulais plus.
J'abimais mes yeux fixés sur le bouchon qui
ne voulait pas
couler et cette sortie de secours, cette porte par
laquelle il reviendrait me chercher. A la cheville, j'aurai bien
une
marque et alors et puis j'aurai pleuré aussi, comme ce
matin au bord de
cette eau sale, en attendant un poisson
qui ne venait pas. Il ne me
racontait pas d'histoires ou alors
les siennes, celles d'un homme aux
poings dressés, pas
grave, je m'en inventais déjà, des pages entières
où je
partais avec mon chien, le long des routes. J'oubliai que le
maître du chien, c'était lui et que je n'obeissai pas, enfin pas
comme
il fallait.

Il en prenait de toutes les tailles et ils
restaient un
temps, échoués sur la berge, sortis de leur élément,
leurs
gueules saignaient un peu, meurtries par
l'hameçon, ils se débattaient
inconscients de leur fin
si proche. Pas question de les remettre à
l'eau, cette
pratique n'était pas encore à la mode. Moi, j'aimais
bien
les gougeons, ces poissons aux yeux exorbités,
comme avec l'impression
d'avoir été pris en faute et
il m'arrivait de les laisser filer, priez
pour nous pauvres
pécheurs... On revenait vers midi, mes lignes mêlées,
sous son regard
sombre, je n'étais doué pour rien, pas
même pour le silence, il en
parlerait à ma mère, de ce
fils étrange. C'étaient des matins de
printemps, pris
dans la brume et la rosée, il traînait derrière lui ce
fétu
d'homme, il ne savait pas que j'étais un poisson mort...

Crédits photos : NC
Texte : Modimo
Commentaires
Vas y, déroule le fil, va à la pêche des maux... ça mord, tes mots... Pas si mort que ça... Je te suis sur ce chemin, je suis là. Bises l'ami.
Et puis la première photo! wow... Un regard que je connais...
Des maux qui me tirent des larmes cette nuit...ceux que je lis là..
Une main sur ton épaule...
Christine.
Luciole : ehh oui...dis donc , j'aurais du mettre une autre photo...merci à toi de venir me lire, bises mon amie...si précieuse....
Christine : des maux qui se rejoignent s'entrechoquent...merci.
Passée ici, près de l´enfant brun... écouter sa peine... Seulement envie de fredonner doucement la berceuse de la petite enfance de ma fille... quand elle s´était fait mal, et que ses yeux se remplissaient d´étoiles liquides, qui versaient son chagrin sur mon coeur perméable... Prendre dans mes bras, délicatement, bercer.... chanter tout bas, contre l´oreille... *Heile, heile, Segen, Morgen, gibt es Regen, Übermorgen Schnee, dann tut es nicht mehr weh*.... et cela ne suffit pas... je sais... Une caresse tendre.
...
Des larmes coulent.
Silence.
Puise sang.
. . .
Mais qui etes vous?


